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Six Celan Songs musique Michael Nyman 1990
1 Chanson einer Dame im Schatten Chanson d’une dame dans l’ombre
2 Es war Erde in Ihnen Il y avait de la terre en eux
3 Psalm Psaume
4 Corona
5 Nächtlich geschürzt Froncées de nuit
6 Blume Fleur

Paul Celan (1920-1970)

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Comme Heinrich Heine, à qui plus d’une connivence le liait intimement depuis l’enfance, Paul Celan, poète juif germanophone, né loin d’Allemagne, peu après la chute de l’empire austro-hongrois, entre l’Ukraine, la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et la Roumanie, a passé près de la moitié de sa vie en France à Paris, après que les retournements de l’histoire l’eurent affublé de quatre nationalités successives. Il n’a pour ainsi dire jamais vécu dans les patries de sa langue maternelle. L’Allemagne est restée une terre de brèves visites, Vienne, un séjour abandonné , sinon fui .S’il chante encore après Auschwitz, c’est sous un nom quasi francisé et, pour l’essentiel, depuis les rives de la Seine, qui furent sa dernière escorte d’hommes et de choses, une nuit d’avril 1970, deux semaines après une ultime lecture de ses poèmes devant les auditeurs dubitatifs de la société Hölderlin à Stuttgart. Mais c’est en Allemand dans l’idiome natal et fatal, maternel et criminel, de ceux qui avaient assassiné sa famille et détruit à jamais sa propre existence, autant que dans l’élément austro-hongrois d’une langue rescapée « du monde d’hier », exceptionnellement pure, qu’il prononçait avec une intensité discrète, proche de la douleur. C’est dans cette langue aussi qu’il a traduit la poésie des autres : Shakespeare, Ungarett , Mandelstam, Henri Michaux…Et c’est cette langue elle-même que sa poésie continue de fouiller obstinément comme un ciel infini, si obstinément qu’elle en paraît, chez les poètes du moins, changée pour longtemps. On dit que Paul Celan est le plus grand poète de langue allemande depuis Rilke et cette renommée semble vouloir durer. (Jean-Pierre Lefebvre)